Nouveau sommet … de la mauvaise foi à Nairobi

« C’est au moins la dixième réunion à laquelle nous assistons, sans jamais obtenir de résultat concret… Pour nous le fond du problème demeure identique : c’est la présence en territoire congolais de combattants hutus ex-Far Interhahamwe, qui doivent être désarmés. Malgré tous les accords, et en particulier celui qui avait été signé voici un an à Nairobi, ces groupes n’ont toujours pas été désarmés… »Désabusé, un interlocuteur rwandais officieux estime que le sommet qui s’ouvrira ce vendredi à Nairobi, auquel participeront les présidents Kagame et Kabila, en présence du Commissaire européen Louis Michel et de l’Union africaine, risque, comme les précédents, d’accoucher de résolutions qui resteront lettre morte.
Cependant, ce sommet est précédé d’accusations de plus en plus précises, qui illustrent le double jeu des parties en présence. L’ ONG britannique Global Witness vient de rappeler que, sur le terrain, les troupes congolaises et en particulier la 85eme brigade, cohabitent avec les FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda) et se livrent conjointement à l’exploitation et à la commercialisation des minerais : « tous forcent la population civile à travailler pour eux ou à leur remettre leur production et leur extorquent des taxes. ». Par ailleurs le général uruguayen Jorge Gonzales, observateur militaire de la Mission des Nations unies au Congo a déclaré avoir été le témoin de l’implication rwandaise dans les combats de la semaine dernière. Il a vu les forces rwandaises intervenir aux côtés des rebelles du général Nkunda avec des blindés et des pièces d’artillerie et assure que les rapports onusiens confirment la présence de soldats rwandais au sein du CNDP (Congrès national pour la défense du peuple), le mouvement de Nkunda.
Ces deux témoignages relativisent à la fois les engagements des Congolais qui promettent de désarmer les miliciens hutus alors que les commandants locaux collaborent avec eux sur le terrain, et la position rwandaise, qui répète que les problèmes actuels du Nord Kivu sont essentiellement d’ordre intérieur et doivent être réglés en premier lieu par les autorités congolaises.
Les Rwandais estiment cependant que la présence des Interhahamwe sur le sol congolais, qui dure depuis 1994, est une question qui dépasse le cadre des relations entre les deux pays et qui devrait être traitée par la communauté internationale. Rappelons en effet qu’après le génocide, ce sont les troupes françaises qui ont poussé les Hutus à se réfugier au Congo et que c’est le Haut commissariat aux réfugiés, -donc la communauté internationale- qui les a installés dans les camps du Kivu…
A Nairobi cependant, il sera surtout question de la rébellion du général Laurent Nkunda, qui assure vouloir protéger les Tutsis congolais contre les FDLR, mais qui, en réalité, défie ouvertement le pouvoir de Kinshasa et, avec le soutien du Rwanda, contrôle une sorte de zone tampon sur la frontière.
A ce sujet, tout indique que c’est sur Kinshasa que la « communauté internationale » entend faire pression. Avant son départ pour Nairobi, le commissaire Louis Michel a préconisé une «solution politique » et un « dialogue direct » entre le CNDP de Nkunda et les autorités de Kinshasa, une perspective jusqu’à présent refusée par le nouveau premier ministre Adolphe Muzito mais préconisée par l’Assemblée nationale.
Les Américains vont plus loin encore dans la « feuille de route » qu’ils soumettront à la conférence. Le document préconise en effet la restauration des relations diplomatiques entre Kigali et Kinshasa, ce qui inclut une commission bilatérale permanente, la présence de diplomates dans les deux capitales, l’ouverture de deux consulats rwandais, à Goma et à Bukavu.
Les Américains suggèrent aussi l’intégration du CNDP dans l’armée nationale (une perspective que Nkunda a déjà accepté puis refusé plusieurs fois) allant jusqu’à proposer que l’un des officiers de Nkunda participe au commandement de la 8eme région militaire. Ils demandent aussi l’exécution du plan de désengagement militaire au Nord Kivu sous la supervision de la Monuc (chaque partie, l’armée congolaise et les rebelles revenant sur ses positions et étant de facto placée sur pied d’égalité).
A propos du désarmement des FDLR, les Américains proposent que les opérations soient menées par une force conjointe comprenant la Monuc, l’armée congolaise et les forces de défense rwandaises. Ces dernières pourraient ainsi opérer, légalement cette fois, en territoire congolais. Des agents de renseignement seraient également intégrés dans cette force conjointe. De plus, il est prévu que le CNDP se constitue en parti politique avec lequel les autorités de Kinshasa seraient incitées à discuter (des personnalités politiques congolaises, parmi lesquelles des noms connus mais aussi des inconnus actuellement en formation en Suède, feraient partie de cette nouvelle formation).
De telles recommandations supposent que le président Kabila se trouve en position de faiblesse militaire. Mais à Goma, il est de plus en plus question de l’arrivée de militaires angolais…

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