Kiwanja: le Srebenicza du Congo
posté le 8 novembre 2008 |
catégorie actualité, commentaire
« Au secours… Les hommes en armes passent de maison en maison. Ils s’emparent de tous les garçons et jeunes hommes et leur fracassent le crâne »… « Une femme de Kiwanja m’a appelé jeudi soir en pleurant, disant que les militaires du CNDP (Congrès national pour la défense du peuple, le mouvement de Laurent Nkunda) étaient en train de massacrer la jeunesse de Kiwanja depuis mercredi à 13 heures. Ils font une opération de porte à porte pour enlever et tuer les jeunes garçons et filles entre 12 et 33 ans, soi disant parce qu’ils sont des Mai Mai cachés dans les maisons alors que tout le monde sait que les Mai Mai ne sont plus dans la cité… »
Ces messages de détresse, venus de Kiwanja et relayés vers l’Europe depuis Goma ont commencé à affluer en Europe dès mercredi soir. Sur le terrain, les équipes de l’Onu, qui ont une base militaire à Kiwanja même, ont commencé à enquêter dès… vendredi midi sur « d’éventuelles violations des droits de l’homme » afin de « déterminer les responsabilités ». Il est vrai que, tentant des sorties, les Casques bleus ont à plusieurs reprises été la cible de tirs croisés et qu’ils ont tenté de protéger les réfugiés qui s’étaient placés sous leur protection aux abords de la base.
Jeudi déjà, la Monuc s’était déclarée « gravement préoccupée » par de « possibles exactions » des rebelles de Laurent Nkunda, ses porte parole ajoutant que «la situation était très confuse, très compliquée »…
Dès mercredi cependant, des journalistes se sont rendus sur le terrain, dont Thomas Scheen, reporter pour le Frankfurter Allgemeine Zeitung, qui a été enlevé par les combattants Mai Mai, qui l’ont remis en liberté vendredi matin, en compagnie de son interprète. Des reporters de la BBC ont également gagné Kiwanja jeudi. Ils ont vu des cadavres gisant dans les maisons, et enregistré des récits d’horreur. L’organisation de défense des droits de l’homme Human Rights Watch a dénoncé des « crimes de guerre » commis par les deux parties, assurant que « les rebelles de Laurent Nkunda et les milices pro-gouvernementales Mai Mai ont délibérément tué des civils au cours des deux derniers jours. » Parmi ces victimes se trouve un journaliste congolais, Alfred Nzonzo Bitwahiki, travaillant pour une radio locale, Radio Racou. Il a été assassiné sous les yeux de sa femme et de sa fille.
Avec une virulence exceptionnelle, Human Rights Watch met en cause les Casques bleus, qui disposent d’une base à Kiwanja : « ils n’ont pas pris les mesures adéquates pour protéger les civils et n’ont mené que quelques patrouilles pour limiter les violences. » HRW conclut : « ces casques bleus, dont c’est pourtant le mandat sont tout simplement incapables de protéger les civils qui sont délibérément visés. »
Des civils massacrés pratiquement sous les yeux de Casques bleus impuissants ou indifférents: Kiwanja sera-t-il un Srebenicza congolais ? A la décharge des soldats de la paix, un porte parole de l’ONU, Mamodje Mounoubai a cependant déclaré que « les soldats ne pouvaient tirer sur les rebelles, car ces derniers étaient entourés de civils, et ces derniers couraient dans toutes les directions… »
D’après des sources locales que nous avons joint par téléphone les évènements se sont enchaînés de manière dramatique : alors que les rebelles de Nkunda occupaient Kiwanja, des groupes de Mai Mai (combattants irréguliers congolais qui coopèrent parfois avec les forces gouvernementales mais agissent aussi en francs tireurs) ont attaqué puis repris la localité, qu’ils ont évacué lorsque le CNDP a repris l’offensive. « Appartenant à l’ethnie Nande, (majoritaire au Nord Kivu et très hostile à l’immigration rwandaise) ces Mai Mai se sont attaqués à tous ceux qui s’exprimaient en kinyarwanda, Hutus comme Tutsis. ». Notre source poursuit : «lorsque les hommes de Nkunda sont revenus, ils sont passés de maison en maison, assurant que les habitants abritaient des combattants en civil et ils ont tué les jeunes et les hommes en âge de se battre. »
Dans cette ville de 30.000 habitants, au moins 20 personnes ont été tuées et 33 autres blessées, mais le bilan réel pourrait être beaucoup plus élevé. Un journaliste de l’Associated Press, à lui seul, a retrouvé 16 corps recouverts de couvertures et de feuilles, sans qu’aucun d’eux n’ait été armé.
Vendredi, les combats se sont poursuivis autour de Nyanzale, une base militaire congolaise, prise par les rebelles puis reprise par l’armée gouvernementale et des tirs ont semé la panique dans le camp de réfugiés de Kibati. Prête à s’enfuir une fois de plus, une femme a déclaré à la BBC que ce qu’elle craignait le plus dans ce nouvel exode, c’était d’être violée : «nous dormons n’importe où, les uns contre les autres et tout peut arriver… »
Par ailleurs dans le camp de réfugiés de Kibati, proche de Goma, la situation se dégrade rapidement : les civils sont pris sous des tirs croisés et dans la panique de nombreux civils fuient en direction de Goma. Le Haut Commissariat pour les réfugiés redoute une militarisation des camps de déplacés et Save the Children dénonce une «explosion » de recrutement d’enfants-soldats.






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