Splitch splatch, le Groenland

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Première mondiale ? Le chercheur Xavier Fettweis a modélisé la fonte de la surface du Groenland depuis 1979. La mer n’est pas encore aux portes de Bruxelles, mais, concède le jeune docteur en sciences (UCL), « c‘est ce qui risque d’arriver si la calotte glaciaire du Groenland fond d’ici un millénaire. Heureusement, on est encore loin du compte. »


Mais ce compte à rebours a bel et bien commencé, si l’on en juge par la thèse qui vient d’être défendue avec brio par ce jeune Liégeois dont une partie des travaux a déjà été publiée (1). « Je m’intéresse très fort aux régions polaires d’une façon générale, poursuit le climatologue. Si j’ai choisi le Groenland, c’est parce que c’est une région sur laquelle peu de monde travaille contrairement à l’Antarctique. Or, l’impact sur la Belgique de la fonte de la calotte serait bien plus important… »

Si d’aucuns s’accordent sur la réduction de la taille de la banquise en raison du réchauffement planétaire, la fonte supposée de la calotte glaciaire, qui gagne en épaisseur à certains endroits, demeure un sujet controversé. C’est tout l’intérêt de la thèse de Xavier Fettweis, qui a passé au scanner des données satellites et météo sur une très longue période.

« Il n’y a pas encore d’accord sur le fait que la calotte est à l’équilibre ou pas, expose-t-il. L’accumulation de la neige en hiver et la fonte en été montrent une très grande variabilité interannuelle. Or, les observations météo au Groenland sont limitées dans le temps, et il y a peu de stations permanentes fiables sur place. Bref, il est difficile de tirer des conclusions sur base de ces éléments. Pour comprendre la situation et élaborer les perspectives, j’ai travaillé au départ du modèle climatique régional du glaciologue Hubert Gallée. »

Simulant pour la première fois sur une période de 27 ans ce qui s’est déroulé dans l’atmosphère et le manteau neigeux au Groenland, Xavier Fettweis a autopsié des mailles de territoire de 25 kilomètres pour mesurer le « bilan de masse » de la surface de la calotte. Soit la différence entre l’accumulation de neige et de glace à certains endroits et la fonte enregistrée ailleurs. La conclusion est limpide comme un glaçon : l’accélération de la fonte l’emporte désormais sur l’augmentation des précipitations neigeuses en raison du réchauffement.

« La température moyenne en surface a augmenté de plus de 2 degrés en trente ans au Groenland, constate Xavier Fettweis. C’est énorme. S’il fait plus chaud, il y a plus de fonte mais aussi plus d’évaporation et donc plus de précipitations. Mais qui dit précipitations dit aussi qu’une partie de celles-ci tombe maintenant sous forme de pluie, ce qui accélère aussi la fonte. »

Selon les calculs des ordinateurs néolouvanistes, qui ont turbiné non-stop pendant six mois, cette diminution du bilan de masse est constatée un peu partout le long de la calotte de manière uniforme. Depuis 1979, la fonte en surface s’est accrue de 54 % selon le chercheur. La période de fonte est de plus en plus longue en été et le dégel gagne de nouvelles zones. Une tendance qui s’accorde avec de récentes observations de la Nasa reliant ces changements rapides au réchauffement.

« Ce réchauffement ne peut s’expliquer par aucun phénomène naturel, estime l’auteur dans sa thèse. L’étude du rayonnement solaire sur le Groenland depuis 30 ans ne montre aucun changement significatif (…). Seul un forçage extérieur comme l’augmentation de la concentration de CO2 dans l’atmosphère induite par les activités humaines peut expliquer ces changements. Le réchauffement global enclenché par l’homme est une réalité au Groenland. »

Christophe Schoune

(1) X. Fettweis, H. Gallée, F. Lefebre, J.-P. van Ypersele, Climate Dynamics (2006).

www.climate.be

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