Feu vert aux éoliennes en mer du Nord

Ce sera l’un des plus grands parcs à éoliennes ayant jamais vu le jour en Belgique. La société Belwind a reçu l’aval fédéral pour l’installer à 45 km de nos côtes. Ce parc d’une puissance de 330 MW, composé de 66 ou 110 éoliennes, pourra fournir de l’électricité à quelque 300.000 familles.

Une révolution ? Un premier pas, seulement. La nouvelle tombe alors que la Commission européenne présente ce mercredi un ambitieux paquet de mesures pour lutter contre le réchauffement climatique. La Belgique doit arriver à produire 13 % de sa consommation d’énergie en renouvelables à l’horizon 2020. Contre… à peine 2,2 % aujourd’hui. Loin d’un exemple comme la région espagnole de La Mancha, que nous avons visitée.

P.2 & 3 temps fort

P.20 carte blanche

La Commission lance sa « révolution verte »

Union européenne Le coût de l’opération fait hurler certains grands industriels

C’est le grand œuvre de la Commission Barroso I : un ambitieux paquet de mesures contre le changement du climat.

Mauvais timing ? C’est aujourd’hui, sur fond de krach boursier et de risque de récession aux Etats-Unis, que la Commission européenne dévoile un audacieux paquet de mesures pour lutter contre le réchauffement de la planète. Audacieux et coûteux.

Le coût de l’action – 60 milliards d’euros par an en 2020, a déjà indiqué le président de la Commission, José Manuel Barroso – est infiniment moins élevé que de ne rien faire contre le changement climatique, un dérèglement qui menace entre autres d’engloutir des terres entières.

Mais les plus réticents au changement, à commencer par certains capitaines d’industries prompts à faire leurs comptes et peu versés dans les révolutions, fussent-elles « vertes », retiendront d’abord le montant à court terme de la facture, pilule amère alors que la conjoncture économique traverse une passe noire. Au point, dit-on, que jamais le lobby de la grande industrie sur le patron de l’institution européenne n’aura été aussi puissant. Comme celui des vingt-sept Etats membres de l’Union européenne (UE), souvent relayés par leur commissaire au sein même du collège formant la Commission…

Pour cette dernière, c’est en tout cas un jour faste. Le moteur de la politique, donc de la construction, européenne se met à tourner à plein régime ! Le mouvement est spectaculaire venant d’un exécutif européen dont le président, en quête d’un second mandat, avait placé son premier « quinquennat » sous le signe du « moins légiférer ». L’initiative présentée ce mercredi par la Commission constituera à coup sûr la pièce maîtresse de l’actuelle législature (2004-2009). Qui plus est, ses effets devraient avoir de profondes conséquences à long terme sur les politiques industrielles et énergétiques.

L’Europe confirme ainsi sa volonté de prendre la tête à l’échelle globale de la lutte contre le réchauffement, alors que se poursuivront jusqu’en 2009 les négociations internationales pour trouver un successeur au protocole de Kyoto, qui inclurait cette fois les Etats-Unis et des économies émergentes (et polluantes) comme l’Inde et la Chine. L’UE veut prendre une longueur d’avance, côute que coûte : mais les innovations que ces contraintes vont forcer pourraient aussi assurer au continent européen un avantage compétitif décisif sur un marché mondial des énergies (plus) propres et des économies d’énergie en plein développement, avec des centaines de milliers d’emplois à la clé.

Avec son plan, la Commission concrétise la décision prise par les chefs d’Etat de l’UE au sommet européen de mars 2007. En plein déchirement sur les cendres de la Constitution européenne, les Vingt-Sept s’accordaient sur une décision spectaculaire, alors que le réchauffement climatique est au cœur des préoccupations des citoyens, relevaient les sondages. Mais « un travail titanesque » restait à effectuer, soulignait alors Barroso : trouver les moyens d’atteindre l’objectif européen sans torpiller l’économie et, surtout, car plus délicat, répartir l’effort entre les pays.

En mars 2007, l’UE se fixait pour objectif contraignant de réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 20 % en 2020 par rapport au niveau de 1990. L’Union promettait de porter l’objectif à 30 % dans le cadre d’un accord mondial. Les Européens voulaient aussi porter à 20 % la part des énergies renouvelables dans la consommation totale d’énergie à l’horizon 2020. Compte tenu des efforts déjà réalisés, il reste à réduire les émissions de 14 % et à augmenter les renouvelables de 11,5 % calcule la Commission. Les 27 décidaient aussi d’alimenter les transports pour 10 % en biocarburants « durables » d’ici 2020. Et de réaliser des économies d’énergie de 20 % dans le même laps de temps – une cible absente du « paquet » de la Commission, qui promet toutefois de proposer « un tas de mesures » plus tard dans l’année, une fois les propositions de législations présentées ce midi adoptées.

Car l’annonce du jour de la Commission ne clôt pas le processus. Le paquet de mesures va être examiné par les gouvernements qui pourraient trancher au sommet de juin. La Commission voudrait que le Conseil européen se prononce à la majorité qualifiée – mais un vote à l’unanimité, très risqué, n’est pas totalement exclu. Ensuite, la présidence française de l’UE cherchera un accord avec le Parlement européen, codécideur en la matière. L’ensemble des mesures pourraient alors être définitivement adoptées en mars-avril 2009.

La Commission impose à la Belgique de recourir aux renouvelables pour 13 % de sa consommation finale en énergie (contre 2,2 aujourd’hui…). L’exécutif européen fixe aussi un objectif sévère de réduction de 15 % des émissions par rapport à 2005, pour les secteurs du transport, des habitations, des services et de l’agriculture. Personne ne semble s’attendre à un bouleversement fondamental des équilibres avancés par la Commission. Reste le risque de voir l’ensemble de l’édifice s’écrouler s’il devait subir un tir de barrage, politiquement moins probable au Conseil qu’au Parlement…

REPÈRES

Le paquet de la Commission. Les quatre mesures phares du paquet énergie-climat comprennent deux nouvelles directives (promotion des énergies renouvelables et séquestration du carbone) et la révision d’une troisième (sur le commerce des droits d’émission). Ces mesures s’inscrivent dans le droit fil du protocole international de Kyoto. L’exigence scientifique requiert une réduction de 80 % des émissions des pays industrialisés en 2050 pour contenir le réchauffement à 2º.

Les objectifs en matière d’énergies renouvelables. À peine 8,5 % du cocktail énergétique proviennent de sources vertes en Europe. L’UE ambitionne d’atteindre 20 % de la demande finale en 2020, tous secteurs confondus (électricité, chauffage, transports, industrie). Chaque État se verra attribuer un objectif différencié selon sa richesse notamment. Un nouveau marché européen sera créé afin de favoriser les investissements, sur lequel les pays qui peinent à remplir leur objectif (la Belgique ?) pourront en partie s’approvisionner. Mais les États ne pourront alimenter ce marché que lorsqu’ils auront rempli leurs objectifs.

Le commerce des droits d’émission. Le marché européen des émissions concerne 12.000 entreprises énergivores. La Commission délivrera à l’avenir elle-même les quotas par secteurs et, surtout, ces droits seront mis aux enchères dès 2013 alors qu’ils sont gratuits aujourd’hui. L’émission de CO2 coûtera donc de plus en plus cher, incitant à la diminution. Ce prix à payer pour polluer a fait hurler certaines industries, qui devraient obtenir jusqu’en 2020 une part de quotas gratuits. Le produit de la mise aux enchères (50 milliards) sera partiellement réinvesti dans l’énergie propre.

Les autres secteurs.

En dehors des entreprises qui ont accès à la « bourse » des quotas, les autres secteurs d’activités (transport, services, agriculture, habitations) devront réduire de 10 % leurs émissions en 2020 par rapport à 2005.

La séquestration de carbone. L’idée est de développer la capture et le stockage du carbone dans les couches géologiques. Le carbone stocké ne sera pas considéré comme émis par les entreprises les plus polluantes bénéficiant de quotas.

Ces moulins à vent qui font décoller « La Mancha »

REPORTAGE

Pour peu, on s’imaginerait dans un jeu virtuel. Avec ses attaques subites et les pions qu’il convient d’avancer au plus vite sur les lignes de crête… Cela clignote en tous sens et on a de la peine à comprendre la trame des événements qui se succèdent au QG du géant électrique espagnol Iberdrola, à Toledo, en Espagne.

« Vous êtes dans le plus grand centre mondial de contrôle de “fermes éoliennes” », explique Gustave Moreno, responsable des opérations. « D’ici, nous dirigeons la production électrique des champs répartis Espagne, aux Etats-Unis et ailleurs en Europe. Soit, quelque 7.000 mégawatts au total. Notre avantage par rapport aux autres compagnies, c’est le temps réel qui nous permet de contrôler le statut de chaque éolienne et de croiser les prévisions météo avec les besoins en énergie. »

Orientation des pales, état de santé du générateur, force du vent… rien ne semble échapper à la vingtaine d’opérateurs qui orientent les flux électriques selon les besoins du marché. Ce petit miracle technologique illustre s’il en est la révolution verte en marche en « Castille La Manche » et en Espagne. En moins d’une décennie, cette région autonome est devenue un fer de lance de l’énergie éolienne.

« Aujourd’hui, 51 % des besoins électriques sont assurés par le vent dans notre région, constate Luis Antonio Martinez, directeur de l’Agence régionale de l’énergie. En 2012, 100 % seront couverts par le renouvelable, ce qui nous permettra d’exporter le solde de notre production électrique vers les autres régions. »

Bénéficiant du régime spécial national qui subventionne sans limite chaque kilowatt heure d’énergie verte, la Castille a profité de l’effet d’aubaine. D’ici 2012, le secteur privé y aura investi la bagatelle de dix milliards d’euros : une traduction concrète d’une stratégie industrielle initiée en partenariat avec les forces vives régionales.

« Ce secteur est le plus porteur en termes d’investissements, remarque José Manuel Diaz, ministre régional de l’Industrie et de l’Énergie. Nous avons créé de nombreuses synergies avec différentes industries qui sont venues s’implanter ici pour fabriquer leurs composants ou assembler les matériaux… »

C’est notamment le cas du géant américain General Electric, dont l’ensemble des turbines destinées au marché du Sud de l’Europe sont désormais assemblées à Ocaña. Ici, on affiche avec fierté les nez des nouvelles éoliennes de 2,5 mégawatts que l’on s’apprête à monter dès le printemps. Rien qu’en Castille, cinq mille emplois ont été créés et cinq mille nouveaux postes devraient l’être d’ici à 2012 dans le secteur du renouvelable.

Désormais classée troisième producteur mondial dans le domaine éolien (11.600 mégawatts en 2007) derrière l’Allemagne et lers Etats-Unis, l’Espagne a créé 35.000 postes dans les filières des énergies vertes. Albert Frère a senti le vent : le financier belge a investi en 2007, via ses holdings GBL et CNP, une participation de 5 % dans le capital d’Iberdrola, moyennant 2,2 milliards d’euros, avant de réaliser une plus-value de 218 millions lors de la revente de 2 % en décembre.

Et après le vent ? Le soleil ! Rien que cette année, le nombre d’implantations photovoltaïques devrait doubler malgré leur coût encore très élevé. Les pièces du puzzle d’une nouvelle stratégie industrielle se mettent en place. Comme pour le secteur éolien…

« Nous n’avons pas attendu que l’Europe arrête ses objectifs en matière d’énergies renouvelables, mais nous nous félicitons de ceux-ci car ils confirment que notre modèle était soutenable économiquement, poursuit Jose Manuel Diaz. Nous allons lancer un réseau de régions européennes sur cette question, non seulement pour combattre le réchauffement mais aussi pour prévenir les conflits d’une autre manière. »

La Castille serait-elle un modèle pour la Wallonie ? « Il n’est pas encore trop tard, mais il est grand temps s’inspirer de cette expérience, concède le consultant Henri Monceau. La Wallonie a une industrie de l’acier et de l’aéronautique qui s’adapte parfaitement aux besoins du secteur éolien. C’est ce que l’Espagne a compris très tôt. En quelques années, Gamesa est devenu le deuxième fabricant mondial. Le plus faible potentiel belge en termes de production de renouvelable n’est pas un bon argument. Devra-t-on à se contenter d’importer l’essentiel de ces technologies par défaut de vision stratégique ? »

Posée sur une table, une éolienne miniature rappelle de façon opportune que « La Mancha » est de longue date une terre de moulins à vent. Mais ici, plus personne ne se bat contre eux…

Une troisième vague éolienne en mer du Nord

Le 26 janvier 2006, une société était créée discrètement dans un patelin perdu de Flandre-Orientale, Maldegem.

Trois mois plus tard, elle introduisait une demande de concession domaniale auprès de la Commission de régulation de l’électricité et du gaz « pour la construction et l’exploitation d’un parc d’éoliennes ». Hier, le ministre de la mer du Nord, Yves Leterme a approuvé le projet…

Cette société s’appelle Belwind. Et son projet se révèle l’un des plus gigantesques entrepris sur la planète. Du moins dans le domaine éolien. Car Belwind entend planter quelque soixante-six moulins à vent au large. Précisément à 46 km des plages ostendaises, sur le « bligh bank ». Puissance totale des installations : 330 mégawatts. Selon ses promoteurs, ce parc serait en mesure d’alimenter près de 300.000 foyers. Coût de l’opération : 800 millions d’euros.

Derrière Belwind se dissimule Econcern, une entreprise néerlandaise spécialisée dans les énergies renouvelables. En juillet 2007, les dirigeants de la société avaient indiqué qu’après obtention des permis du ministère de la mer du Nord, « les travaux pourraient commencer en 2009 et la mise en service pourrait avoir lieu en 2010 ».

L’autorisation accordée à Belwind est assortie de plusieurs conditions, notamment l’obligation de passer par une phase pilote (six éoliennes) ainsi que la remise en état du site après utilisation (la concession est accordée pour vingt ans). La société dispose d’environ deux semaines pour formuler ses éventuelles remarques.

Le projet de Belwind apparaît comme le troisième projet éolien développé dans les eaux territoriales belges.

Car, dans les prochains mois, six éoliennes pointeront sur le Thorntonbank, un banc de sable à 28 kilomètres de la « Vlaamse kust ». Une première salve : C-Power, société détenue par Interelectra, un holding de communes limbourgeoises, la Société régionale d’investissement de Wallonie (SRIW), Dredging international, la Socofe (coopérative wallonne) et une filiale d’EDF, prévoit d’y ériger soixante éoliennes de 5 mégawatts et 180 mètres de haut (dont une partie immergée).

Eldepasco, consortium notamment détenu par Colruyt, projette, quant à lui, d’édifier une trentaine de moulins sur un banc voisin du « bligh bank », le « bank zonder naam » (banc sans nom).

« Du vent à la place de l’uranium »

RÉACTION

La Commission Barroso devrait assigner à la Belgique un objectif de 13 % à atteindre en 2020 en matière d’énergies renouvelables. Cette « cible » est jugée… faible par le député écologiste Philippe Henry, dont le parti conteste la position défendue par Guy Verhofstadt auprès de la Commission.

Lors de son entretien avec le président de la Commission Barroso, le Premier ministre aurait défendu un objectif de production de 7,6 % pour 2020, estimant que 13 % au plan de la demande seraient trop coûteux…

Cette position est incompréhensible. L’Europe assigne des objectifs à chaque État suite à une décision du Conseil l’an dernier. Et voilà le gouvernement fédéral qui ne trouve rien de mieux que de se presser dans le bureau de Barroso pour dire : « C’est trop, diminuez cet objectif » ! On fait des grandes déclarations sur le climat et dans le même temps on donne des signaux négatifs aux investisseurs.

Mais cette position a été concertée avec les Régions…

Il y a de fait eu un comité de concertation État fédéral - Régions, mi-janvier, lors duquel Guy Verhofstadt a évoqué la question. Mais il n’a jamais parlé de revoir l’objectif de cette manière. Aucun chiffre n’a été cité. Chacun s’évertue à voir en Verhofstadt un homme d’avenir, mais en cette matière, il regarde vers le passé. Et que fait le ministre du Climat, Paul Magnette ? Il tient un double discours en disant suivre la position de Guy Verhofstadt d’une part et celle de l’Europe d’autre part !

Verhofstadt serait-il redevable à l’égard du secteur énergétique traditionnel ?

On peut constater que la position de la Fédération des industries de Belgique, qui défend un objectif de 8 %, est proche de celle du Premier ministre. Mais il serait faux de laisser croire que tout le secteur industriel est sur cette longueur d’onde. Edora, l’Apere et Ode-Vlaanderen, les fédérations du renouvelable en Belgique, estiment le potentiel des énergies vertes, à l’horizon 2020, entre 15 et 25 % de la demande.

Comment y arriver ?

Un mémorandum est sur la table du gouvernement. Il ventile les différentes sources (éolien, photovoltaïque, biomasse, hydraulique…). La projection dépend de la politique de la réduction de la demande énergétique. Or, sur ce plan, il n’y a aucun volontarisme, qu’il s’agisse des produits, de la mobilité ou de l’isolation des bâtiments. Par ailleurs, la Belgique, qui dépend à 97 % des importations de combustibles, devrait pouvoir importer de l’énergie verte de pays en surcapacité par rapport à leurs objectifs. Mieux vaut importer du vent que de l’uranium ! Le calcul de Guy Verhofstadt est le plus mauvais qui soit : le jour où le baril sera à 200 dollars, c’est toute l’économie qui souffrira et nos voisins auront des avantages déterminants sur nous.

P.20 « LE CONTRESENS énergétique belge »

CONDIJTS,JOAN,SCHOUNE,CHRISTOPHE,REGNIER,PHILIPPE

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