Rudolf Mayer
posté le 17 mars 2009 |
catégorie Affaire Fritzl, Bibliothèque judiciaire

L’acteur
C’est le plus célèbre avocat d’Autriche. Il défend Jozef Fritzl et ne réussit pas
à obtenir la compréhension du public.
à Sankt Pölten
Rudolf Mayer l’affirme sans l’ombre d’un doute : il a bon espoir que son client, Josef Fritzl, soit libéré rapidement, d’ici quelques années. L’avocat du célèbre criminel d’Autriche, qui séquestra sa fille pendant 24 ans dans une cave et lui fit sept enfants, sait que ses propos seront mal interprétés, qu’il choquera ses concitoyens, impatients de voir Fritzl, 73 ans, condamné à finir sa vie derrière les barreaux.
Mais cela ne l’émeut guère. À 61 ans, le membre le plus célèbre du barreau autrichien, habitué aux cas désespérés, en a vécu d’autres.
À bien y regarder, pourtant, l’affaire Fritzl restera comme un moment clé de sa carrière, et de sa vie tout court. Il y a eu bien sûr les lettres de menaces reçues à son cabinet viennois, à la suite desquelles la police n’a pas jugé bon de mettre en place un dispositif de surveillance autour du juriste. Forcément. On ne se pique pas de défendre impunément le « monstre » honni d’Amstetten sans y laisser quelques plumes en termes de popularité.
Mais il y a autre chose. En trente ans de carrière, Mayer, qui fut tour à tour barman, comédien, boxeur, avant d’opter pour la plaidoirie en robe noire, n’avait jamais vu ça. Réputé à cause de son goût pour les causes impossibles, il avait toujours jusqu’ici réussi à retourner l’opinion en faveur de l’accusé, ou du moins à modérer les réactions les plus virulentes.
Pas cette fois-ci. Parachuté défenseur de Fritzl dès le lendemain de l’arrestation de celui-ci, le 27 avril 2008, Rudolf Mayer est submergé par un flot de haine à l’adresse de son client. Des quatre coins de la planète, les expressions les plus noires, les plus triviales sont colportées par les télévisions internationales. C’est la curée contre Josef Fritzl, rebaptisé « la bête », le « monstre », le « tyran sexuel ».
Tabloïds allemands et britanniques, surexcités par l’ampleur du drame, en font des tonnes sur cet ingénieur électricien, à la retraite de 73 ans, dont la vie bascula lorsqu’il décida de séquestrer sa fille de 18 ans dans la cave de la maison familiale d’Amstetten, pour la punir de son « attitude nonchalante » (sic).
Tandis que son client croupit en détention provisoire, ces onze derniers mois, Rudolf Mayer prépare minutieusement son dossier. Peu importe la haine à l’encontre de Fritzl, peu importent les preuves accablantes à son encontre : il le défendra comme il aurait défendu n’importe quelle autre personne. Quand bien même la réclusion à perpétuité reste l’issue la plus probable de ce procès surmédiatisé.
Lundi, à l’ouverture des débats, Mayer s’est présenté face à la cour dans sa longue robe noire, silhouette effilée, le visage émacié, témoin de tant de luttes et procédures épuisantes. Imperturbable, il a laissé la procureure Christiane Burkheiser se livrer à un réquisitoire en règle contre Josef Fritzl, dont elle dénonce « l’absence de remords » après « le martyre inimaginable » infligé à sa fille.
Le rusé avocat prend la parole. D’une voix douce, posée, il appelle les jurés à faire preuve de perspicacité et de sang-froid devant ce barnum médiatique et la charge émotionnelle qui ne manquera pas de saisir les acteurs du procès, tandis que se poursuit la projection des onze heures de confession vidéo d’Elizabeth Fritzl. Habile, il se livre à un cours de dialectique sur la notion même de « monstre », comme il l’a fait lors de chaque interview accordée récemment.
Performance discutable, admirable. Josef Fritzl aurait certes « une personnalité perturbée » mais il n’est pas un monstre. Un tel personnage, jure Mayer, « aurait tué tout le monde et après, c’était fini. Il aurait vécu une retraite paisible ».
Un tel personnage, renchérit-il, « ne tapisserait pas les murs avec des photos de Mickey Mouse, ne fêterait pas les anniversaires, n’apporterait pas de sapin pour Noël. Il n’aurait pas sorti trois des six enfants pour les adopter très officiellement, ni conduit l’un d’entre eux à l’hôpital.
Cela me rappelle le film Misery, vous savez, d’après Stephen King, dans lequel une femme brise les jambes d’un écrivain pour qu’il ne puisse pas la quitter, poursuit-il. Ici, c’est pareil. Quand on aime, il y a toujours le danger d’être déçu. (Josef) Fritzl croit profondément que sans pouvoir, on ne peut rien garder à soi. Cela révèle juste sa propre impuissance.
Si les jurés décident en leur âme et conscience de lui accorder le bénéfice du doute, ce sera déjà un succès, sourit-il faiblement. Ce qui compte, c’est qu’ils ne se laissent pas influencer par les pressions extérieures, mais se forgent leur propre opinion. »
P.12 le procès
1948
Naissance en Autriche.
1978
Débute sa carrière d’avocat.
1997
Assure la défense de la « veuve noire », Elfriede Blauensteiner, condamnée à la perpétuité pour meurtre.
1999
Assure la défense du « Briefbomber » Franz Fuchs, condamné à la perpétuité pour avoir terrorisé l’Autriche avec des lettres piégées entre 1993 et 1997 (4 morts).
2008
Accepte de défendre Josef Fritzl.
PICARD,MAURIN
[…] contre l’accusé est la « peine maximale ». Perpétuité. Arrive l’avocat de la défense, Rudolf Mayer. Sa plaidoirie est attendue avec intérêt, surtout du côté autrichien. Le meilleur avocat du […]