« C’était le jour des poubelles »

Le meurtre d’un jeune Congolais dans un squat d’Ixelles

Ce fut une cavale de fortune. Une escapade de clodos. Claudio Balo et Lilia Gryko n’étaient jamais retournés au squat de l’avenue Général de Gaulle, à Ixelles. Après avoir déposé le corps de Gil Mbossa dans le jardinet d’un immeuble voisin – elle poussant, lui tirant, sous l’œil bleuté d’une caméra de surveillance –, ils avaient décidé de prendre la fuite. Ils avaient passé la nuit suivante dans un appartement dont elle avait conservé une clé, rue du Serpentin – « un trou pire que le squat », a raconté Balo –, puis ils avaient pris le train vers Zaventem.

Ils avaient séjourné deux ou trois jours dans les toilettes de l’aéroport avant de prendre un train jusqu’à La Panne d’où ils avaient gagné Dunkerque, tantôt à pied, tantôt en bus. Ils avaient longé la côte, comme deux singes en hiver. En picolant – à l’époque, Balo éclusait ses cinq litres de vin par jour : « Chaque soir, dit-il, j’achetais les deux bouteilles dont j’avais besoin dès mon réveil ». Et en s’engueulant : il s’agaçait de ce que Lilia ne parlât toujours pas le français après toutes ces années en Belgique. Alors, oui, il lui en collait une de temps en temps. Une nuit, il avait même été tout près de lui fracasser le crâne contre l’un des murs du bunker où ils passaient clandestinement les nuits. Une bonne planque : les fuyards étaient demeurés introuvables jusqu’au 23 avril, plus de trois mois après les faits.

Une alcoolémie quasi létale

Son GSM avait trahi Balo : les enquêteurs avaient localisé l’appel qu’il avait passé ce jour-là à une tante à Bruxelles. Le couple avait été interpellé, quatre jours plus tard, dans les locaux de l’Armée du Salut, à Dunkerque. Il faisait l’objet d’un mandat d’arrêt international depuis le 15 février 2008.

À la faveur de leur cavale, Balo et Gryko s’étaient entendus sur une fable à servir aux policiers qui les arrêteraient – « On savait qu’on se ferait agrafer tôt ou tard », dit Balo. Mais Balo avait résolu de jouer franc-jeu, sitôt sa personne remise aux autorités belges.

« Il a été d’emblée très précis dans ses déclarations, a raconté mardi la juge d’instruction qui dirigea l’enquête. Il avait juste quelques soucis avec les dates. Il se souvenait seulement que le meurtre avait eu lieu le jour où le Delhaize de la place Flagey sort ses poubelles. » Un jeudi. Il n’était plus très sûr non plus d’avoir été vraiment saoul, ce jour-là. Mais il était prêt à jurer qu’il n’avait pas bu trente canettes. Gil Mbossa en avait sans doute avalé bien davantage : son taux d’alcoolémie était de 3,53 grammes par litre de sang. « On fixe généralement la dose létale dans la fourchette comprise entre 4 et 5 grammes », a expliqué un toxicologue.

Les circonstances dans lesquelles éclata la bagarre qui coûta la vie à Gil Mbossa demeurent confuses. Balo a raconté que le jeune Congolais l’avait traité de « macho » après avoir été témoin d’une gifle qu’il avait administrée à Lilia. Gil, dit-il, l’avait attrapé par les cheveux, il l’avait giflé, il avait fait mine de lui porter un coup de pied à la tête. Lilia, ajoute-t-il, avait tout vu : il l’avait même suppliée de calmer Mbossa.

Seulement voilà : Lilia Gryko prétend n’avoir rien vu de la scène. Elle était sortie, dit-elle, dès que la discussion entre les deux autres avait tourné à l’aigre.

DETAILLE,STEPHANE

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