Bozar

Bruxelles, capitale de l’Europe : s’il est un lieu où l’expression prend tout son sens, c’est bien à Bozar. Avec ses artistes venus d’ailleurs, ses territoires inconnus et ses noms imprononçables, cet espace culturel insolite invite décidément à l’ouverture. Cette année, Bozar ouvre bien grandes ses frontières pour accueillir la Turquie, mais aussi la Corée, la Palestine et Turin. Sur sa carte géographique et artistique, quelques pointures connues, tout de même, comme Pippo Delbono (« Récits de juin ») ou les sœurs Caterina et Carlotta Sagna (« P.o.m.p.e.i. » et « Ad vitam »). C.Ma. lire la suite

Récits de juin

Après l’éclatant Questo buoi feroce, le singulier Pippo Delbono revient ces jours-ci sur nos scènes avec ses Récits de juin et prévoit déjà d’y repasser dans un an avec La menzogna (Le mensonge). Hors des canons et entouré de marginaux, mais étonnamment lucide sur notre société, le dramaturge italien mêle théâtre, danse et poésie dans une œuvre allergique à toute bienséance.

 Avec les autobiographiques Récits de juin, présentés à Avignon il y a quelques étés, l’occasion nous est donnée de mieux cerner le bonhomme. Parfois réduites à son compagnonnage avec des handicapés de la vie ou du corps, jugé déplaisant par certains, sa vie et son œuvre sont faites de rencontres passionnantes et complexes. De formation classique, Pippo s’intéresse très vite aux formes plus contemporaines auprès d’artistes comme Pina Bausch, avant de créer sa propre compagnie à l’intersection de la danse et du théâtre. En 1986, une rencontre marque un tournant dans sa carrière, celle de Bobò, handicapé mental interné dans un hôpital psychiatrique. Dès ce moment, ses créations intégreront des personnages à la marge et à l’expression corporelle intense.

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Facteur humain

critique

On aime depuis une quinzaine d’années le talent, la bonne bouille rousse du comédien Thierry Janssen, mais l’homme a aussi pris goût à l’écriture (1) et avant de découvrir le « jour où je me suis rencontré » au Méridien, c’est au Public que son Facteur humain jette ses rets, mis en scène par Guy Theunissen, dans une superbe scénographie et des costumes de Vincent Lemaire, les créations sonore et visuelle de Sébastien Fernandez, les lumières de Laurent Kaye, les mises en corps de Fanny Roy : une sacrée équipe qui doit se dépatouiller d’une pièce qui réunit Le Magicien d’Oz, une soucoupe volante, l’Apocalypse, le cancer etc.

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C’est ton destin !

Théâtre « d’Œdipe » à la Balsamine

CRITIQUE

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Demain

Seule, minuscule sur l’immense plateau nu du Théâtre national, elle regarde le public droit dans les yeux et commence à danser dans un silence absolu.

Dès les premières secondes de Demain, Michèle Noiret cueille son public par surprise. Il faut un sacré culot et une sacrée maturité pour oser ainsi affronter le silence, l’immensité du plus grand plateau de la capitale et un public en pleine lumière. Il faut aussi la maîtrise absolue du mouvement qui caractérise cette danseuse et chorégraphe.

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Dom Juan

critique

Etrange personnage que le Dom Juan de Molière. Manipulateur, séducteur impénitent, on le haïrait aisément pour le mépris avec lequel il traite celles qu’il a séduites. Mais l’homme défie aussi toutes les règles de son époque, se met en danger physiquement dans des combats acharnés, crache à la face de Dieu et se moque de la colère de son père. Ce Dom Juan est un anarchiste avant la lettre. Ni Dieu ni maître. Mais des maîtresses comme s’il en pleuvait.

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L’Abécédaire

De A, comme « apparence », à Z, comme « zapping », l’Abécédaire de Paul Pourveur enfile ses trois tomes, avec la même maîtrise affichée lors de la création à Mons (2006) de la première version (de A à H).

La formidable équipe féminine d’origine retrouve ses tabourets en pourtour d’une arène en creux, plus condensée qu’à Mons, pour se lover entre ses deux gradins de spectateurs de l’Auditorium Paul Willems (scénographie de Philippe Henry). Tout en imaginant les tomes 2 et 3, l’écrivain a retaillé le premier tome et permuté certaines définitions. Mais l’ensemble, orchestré par Michael Delaunoy, a gardé son pouvoir de fascination et a gagné en clarté. Il y a de la jubilation à jongler avec les maillons de « la chaîne lexicale », à leur donner des voix en ping-pong, des corps qui se rebellent, qui s’écoutent, dans un enchevêtrement de mots clés recouvrant des histoires de l’homme et du monde. L’Abécédaire des temps modernes tient de la grosse pelote dont l’intelligence de la mise en scène et de l’interprétation, vous aide à tirer les fils et à tricoter les intrigues. Qu’un point lâche dans la trame n’est pas impossible, et l’on peut aussi penser que la dernière partie, plus futuriste, épuise un rien ses munitions. Mais ces trois heures de spectacle sont une fête pour l’esprit. Autant dans l’écriture que dans le jeu, les interrogations existentielles du monde contemporain respirent par l’humour, la malice, la sensualité (savoureux détour par un karaoké du Moyen

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Le propre de l’homme

CRITIQUE

Rarement professeur aura connu une classe aussi disciplinée que celle dont nous étions l’autre jour aux Riches-Claires pour écouter Jacques Viala nous faire la leçon dans Le Propre de l’homme. Une classe de rêve, buvant les paroles du comédien déguisé en vieux maître d’école à la veille de la retraite.

Sur scène, c’est une salle très « vieille école » qui nous accueille avec son tableau noir, ses craies, son compas de bois. Le prof n’a rien de poussiéreux pourtant, possédant au contraire un allant, un humour et un charisme qui feraient rougir bien des jeunes professeurs. C’est donc avec le sourire qu’on reçoit les réprimandes salées mais joliment tournées du comédien qui prend les spectateurs pour ses élèves.

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Mon petit soldat

Critique d’une représentation au Festival de Spa, en 2008.

C’est le genre de pièce que l’on aborde avec l’assurance vaguement moqueuse de savoir où l’on met les pieds et dont on ressort déboussolé, de gros nœuds à l’estomac, des interrogations plein la tête, et un malaise général dont on ne se défait que difficilement, des heures après. Encore une pièce sur la famille, se disait-on en lisant le synopsis de Mon petit soldat de la Britannique Polly Stenham. Un thème que l’on croyait connaître par cœur mais qui fait ici un beau croche-pied à nos prétentieuses certitudes, grâce à un texte puissant, calmement cinglant, et à une mise en scène intense de Tanya Lopert.

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Febar

CRITIQUE

On ne choisit jamais de partir. C’est ce que démontre, s’il le fallait encore, Febar (fièvre en wolof) de Michael De Cock au Théâtre de Poche. Seul en scène d’une puissante sobriété et d’une dense brièveté (50 minutes), cette pièce creuse l’irrépressible et douloureux besoin d’ailleurs qui secoue les migrants clandestins venus d’Afrique pour s’échouer le long de nos frontières barbelées.

Le comédien Younouss Diallo, le metteur en scène Michel Bernard et l’auteur se sont rendus ensemble au Sénégal pour visiter les lieux d’où partent de vétustes pirogues de bois pour un voyage de tous les dangers. De leurs rencontres, ils ont créé un monologue forcément fiévreux, porté par un Younouss Diallo poignant, déversant son texte avec une brûlante colère, les lèvres serrées et le cœur enflammé.

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