Théâtre de Poche

Utopiste, engagé et politiquement incorrect : voilà comment on définirait le Poche. Celui-ci, une fois encore, nous propose une brochette d’auteurs contemporains qui n’ont décidément pas peur des mots pour dénoncer les dérives de notre monde. L’addiction des ados au monde virtuel (« Chatroom »), le culte effréné de la beauté (« Fat Pig »), la violence de l’immigration (« Febar ») ou encore les extrémismes (« Lettre ouverte aux fanatiques »). Un regard sans fard sur l’humanité, à l’image des « Monologues voilés » d’Adelheid Roosen. Cette pièce qui lève le voile sur la femme musulmane sera reprise plusieurs fois cette saison, après avoir rencontré un succès phénoménal depuis sa création en janvier 2008. C.Ma.

ADRESSE
1a chemin du Gymnase, 1000 Bruxelles (bois de la Cambre)
ABONNEMENT
64 euros (5 spectacles par personne), 125 euros (10 places au choix). Réductions pour les seniors et les étudiants. Pour tout abonnement, une place gratuite pour « Les monologues voilés »
à offrir à un(e) ami(e)
INFOS
02-649.17.27 ; www.poche.be

- Du 15 septembre au 10 octobre 2008, du 28 octobre au 2 novembre, du 31 mars au 11 avril 2009 et en tournée en Belgique francophone : « Les monologues voilés », d’Adelheid Roosen, mise en scène de l’auteure.
- Du 14 novembre au 6 décembre : « Je m’appelle Rachel Corrie », d’après Rachel Corrie, mise en scène de Jasmina Douieb.
- Du 12 au 31 décembre : « Les origines de la vie », de Thomas Gunzig, mise en scène d’Isabelle Wéry.
- Du 10 janvier au 14 février 2009 : « Chatroom », d’Enda Walsh, mise en scène de Sylvie De Braekeleer.
- Du 20 février au 7 mars : « Lettre ouverte aux fanatiques », d’après Raphaël-Karim Djavani, mise en scène d’Olivier Coyette.
- Du 11 au 28 mars : « Febar (Fièvre / Koorts / Fever) », une création de Michael De Cock, Michel Bernard et Younouss Diallo.
- Du 25 avril au 30 mai : « Fat Pig », de Neil LaBute, mise en scène de Thierry Lavat.
- Du 9 au 27 juin : « L’île », d’Athol Fugard, John Kani et Winston Ntshona, mise en scène de Pietro Varrasso.
- Du 15 août au 14 septembre : Festival Clandestins (théâtre, concerts, slam, expo, DJs).

Fat Pig

Alors que l’obésité prend des proportions quasi-épidémiques et que les gros sont de plus en plus stigmatisés, Fat Pig de Neil Labute aborde cette quesiton de front.

CRITIQUE

Qui n’a pas été choqué par l’idée qu’étudierait Ryanair de faire payer une taxe aux « gros » voyageant sur leurs avions ? Notre société vit ce paradoxe : alors que l’obésité prend des proportions quasi-épidémiques, les gros sont de plus en plus stigmatisés. Fat Pig de Neil Labute aborde de front cette question esthétique qui nous touche tous, de loin ou de près. Jeune cadre, Tom s’éprend de Helen qui a tout pour elle, mais aussi quelques kilos de trop. Intelligente, sexy, Helen séduit Tom mais celui-ci assume difficilement les rondeurs de sa compagne, jusqu’à cacher leur relation à ses collègues de travail, Carter et Jeannie. Ces derniers, véritables langues de vipère, finiront par détruire ce qui aurait pu être une belle histoire d’amour sur une île déserte.

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Febar

CRITIQUE

On ne choisit jamais de partir. C’est ce que démontre, s’il le fallait encore, Febar (fièvre en wolof) de Michael De Cock au Théâtre de Poche. Seul en scène d’une puissante sobriété et d’une dense brièveté (50 minutes), cette pièce creuse l’irrépressible et douloureux besoin d’ailleurs qui secoue les migrants clandestins venus d’Afrique pour s’échouer le long de nos frontières barbelées.

Le comédien Younouss Diallo, le metteur en scène Michel Bernard et l’auteur se sont rendus ensemble au Sénégal pour visiter les lieux d’où partent de vétustes pirogues de bois pour un voyage de tous les dangers. De leurs rencontres, ils ont créé un monologue forcément fiévreux, porté par un Younouss Diallo poignant, déversant son texte avec une brûlante colère, les lèvres serrées et le cœur enflammé.

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Lettre ouverte aux fanatiques

Depuis des millénaires, l’homme s’interroge sur le silence de Dieu face aux suppliques de ses créatures… Autant dire que la question au centre de Lettre ouverte aux fanatiques, adaptation d’Allah et moi de l’Iranien Raphaël-Karim Djavani, n’est pas neuve. L’auteur, ex-memebrte des Moudjahidin du peuple, exilé en France depuis vingt ans, prend prétexte de son parcours et des injustices dont il fut témoin pour interpeller Allah sur les horreurs commises en son nom. Au fil d’un récit qui nous emmène des montagnes du nord de l’Iran au Kurdistan irakien, de l’enfance passée auprès de parents paysans à l’engagement auprès des Moudjahidin après la révolution islamique, Djavani dénonce à tout-va : les régimes tyranniques qui se sont succédé en Iran, l’autoflagellation, parfois jusqu’à la mort, lors de fêtes religieuses, la lapidation des femmes entre autres abus sexistes et meurtriers, les guerres fratricides, l’hypocrisie des mollahs prompts à manipuler les croyances aveugles de villageois analphabètes.

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Chatroom

critique

Les murs du Poche tremblent encore au nom d’Enda Walsh, de son Disco pigs endiablé en 1999. Le dramaturge londonien d’origine irlandaise (né en 1967) revient avec le très bref mais tout bon Chatroom (2005), mis en scène par Sylvie de Braekeleer. Vous voilà invités dans un cyberespace de discussions à propos de « sujets coriaces ».

Six adolescents dialoguent dans le confort anonyme de leur chambre. L’enfance est à peine larguée, mais certains ricanent déja de Charlie et la chocolaterie, de Harry Potter. Les filles se sentent trahies par Britney Spears… Et si les uns pensent encore à « faire leurs devoirs » d’autres cherchent une « véritable cause à défendre, un acte à poser », coriace, cela s’entend. Leur chat croise le mal-être dépressif de Jim, cherchant une bouée sur le net. Eva et William font cause commune dans le cynisme. Leur cause à défendre, ce sera de pousser Jim au suicide ! Chatroom est l’histoire d’une manipulation cruelle dont on ne vous ne dévoilera pas l’issue, un suspens, certes, mais pas seulement. Ces adolescents croisent leurs inquiétudes, leurs espoirs, leurs solitudes et si les uns dérapent dangereusement, d’autres ne manquent pas de jugeote.

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Les Origines de la Vie

Origines de la vie

La vie ne serait-elle que du sexe avant la mort ? C’est une question que se posent Thomas Gunzig et Isabelle Wéry.

 CRITIQUE

Si toi aussi lecteur, tu rêves de percer les secrets de l’existence, des origines ou de l’homme, ne compte pas sur Les origines de la vie de Thomas Gunzig. Pseudo conférence scientifique virant à la tragi-comédie, cette pièce pleine d’humour noir ne fait qu’épaissir le mystère de l’espèce humaine. Et c’est tant mieux !

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Je m’appelle Rachel Corrie

CRITIQUE

 Il y a parfois, dans l’actualité théâtrale, des pièces qui se répondent. Alors que la semaine dernière au Théâtre National, Cannibales de Ronan Chéneau croquait les lamentations d’une « génération Ikea » dont l’esprit de révolte suffoque sous l’emprise de la société de consommation, Je m’appelle Rachel Corrie au Poche prouve que l’engagement peut encore donner un sens à nos vies et que les jeunes restent capables d’utopies.

Basée sur l’histoire vraie de Rachel Corrie, jeune activiste morte en 2003 sous un bulldozer israélien en tentant de protéger des civils palestiniens, la pièce tisse le portrait d’une jeune fille qui sacrifia le confort de sa petite vie américaine pour le confort de sa conscience morale. Au fil d’extraits de son journal intime et de sa correspondance e-mail, mis en scène par Yasmina Douieb, on découvre son parcours, depuis son enfance à Olympia, Washington, jusqu’à son enrôlement dans le Mouvement International de Solidarité à Gaza. A l’école déjà, tandis que d’autres voulaient être Spiderman, elle se voyait première femme présidente des Etats-Unis. A dix ans, on la voit sur une vidéo prônant l’éradication de la faim dans le monde. Mais la partie qui nous intéresse surtout, c’est le regard, certes partisan mais plein d’une rage contagieuse, qu’elle porte sur la situation palestinienne, l’humiliation des check-points, les tirs de snipers, la démolition des maisons et des puits, etc.

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Monologues voilés

voiles.jpgCréés au Théâtre de Poche,
les « Monologues voilés » ont fait un tabac. Cette saison, ceux-ci seront partout !

 Tout a commencé dans une cuisine à Amsterdam. Autour d’un thé, Adelheid Roosen, actrice et dramaturge hollandaise, reçoit un groupe de femmes marocaines pour discuter d’un atelier théâtral. Très vite, la conversation dérive : travail, hammam, maternité, pubis, intégration, intégrisme… L’artiste découvre des femmes tiraillées entre leurs valeurs traditionnelles et nos valeurs européennes.

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