« La vie parisienne » pour la fête et le rire
posté le 23 décembre 2007 |
catégorie LIEGE, Opéra Royal de Wallonie
Lyon : Laurent Pelly, plus décoiffant et actuel que jamais. Liège : Jérôme Savary et sa grosse farce déboutonnée, paresseusement remontée. La vie parisienne fait la une des scènes lyriques en cette fin d’année. Cet opéra-bouffe d’Offenbach qui nous raconte les mésaventures parisiennes d’un baron suédois en goguette est en effet un idéal spectacle de fête. Seulement voilà, l’œuvre est bien plus qu’une aimable cornichonnerie. La trame du récit a beau être une des plus ténues sur laquelle ait travaillé Offenbach, elle n’en autorise pas moins un regard d’humoriste sur la société qui en fait tout le sel. Non sans malice, le compositeur et ses librettistes sont ainsi parvenus à faire rire le bon bourgeois de ses propres travers. Encore faut-il se donner les moyens d’illustrer cette lecture décapante.
À Lyon, Laurent Pelly, l’homme de la légendaire Belle Hélène avec Felicity Lott, joue à fond la carte de l’actualisation avec une force percutante. L’accumulation en accéléré des références se succède avec un à-propos stupéfiant : société du spectacle, défilés de mode, consumérisme effréné, policiers arrêtant le « Brésilien » comme un sans-papiers. Tout cela est drôle, percutant, insidieux et délicieusement malin.
Cette lecture en clin d’œil permet en effet aux chanteurs d’afficher une aisance décontractée, une distance ironique par rapport au caractère parfois sommaire de leurs personnages. Et la musique en sort gagnante.
Sébastien Rouland, un ancien assistant de Marc Minkowski, peut alors prendre le temps d’un câlin, esquisser un sourire ou oser une tendresse au milieu d’un torrent d’énergie et de vitalité. Et le tout, ce qui ne gâte rien, avec une distribution qui ose de vraies voix où l’époustouflant baron Grondemark de Naouri entraîne dans son sillage une jeune équipe particulièrement enlevée (Bou, Wesseling, Callahan).
À Liège, on a préféré importer une production existante (la 3e de Savary à aboutir sur les bords de Meuse en un an !). Et c’est vrai que le spectacle sent un peu le réchauffé, sans dégager cette imagerie bouffonne mais aussi diaboliquement efficace, qui est l’image de marque de l’homme du Grand Magic Circus.
Orchestre en méforme
Bien sûr, les gags font dans l’énorme et rameutent une évidente complicité dans un public qui ne demande qu’à se laisser entraîner. Les choses auraient donc pu s’arranger si l’orchestre, en évidente méforme dès l’attaque de l’ouverture, avait su donner à la soirée son véritable tonus. Mais bizarrement, Rani Calderon, si brillant lors de ses précédentes apparitions belges, est visiblement dépassé par le style d’Offenbach. Et c’est d’autant plus regrettable que les chanteurs ne ménagent pas leurs efforts : Grondemark dévastateur d’Olivier Grand, Gabrielle fine mouche de Patricia Samuel, élégante baronne de Catherine Dune, le tout emmené par ces deux gentils voyous mondains que sont le Bobinet de Philippe Ermelier et le Gardefeu de Pierre Doyen.
Cette relative déconvenue ne tourne toutefois pas à la tragédie. Bon enfant, le public liégeois a pris son pied et les représentations se donnent quasiment à bureaux fermés. Témoin, si besoin était, de l’insatiable force de conviction d’un compositeur pour qui le rire, en musique, est roi. Alors ne boudez pas votre plaisir à Liège mais jetez quand même un coup d’œil sur votre téléviseur le 5 janvier prochain.
Liège, Théâtre Royal, jusqu’au 31 décembre (réservation : 04-221.47.22)
Le spectacle de l’Opéra de Lyon sera diffusé sur France Musique le 29 décembre et sur France 3, le 5 janvier en soirée.






[…] musicale de Manlio Benzi, mise en scène de Claire Servais. – Du 21 au 31 décembre : « La vie parisienne », de Jacques Offenbach, direction musicale de Rani Calderon, mise en scène et nouvelle adaptation […]