Danses Hongroises pour adultes

Théâtre « Blackland » dans le cadre d’Europalia

La Hongrie comme vous ne l’avez jamais vue. Celle d’Arpad Schilling qui en dévoile
le côté obscur avec un humour féroce.

 CRITIQUE

Tout comme on imagine mal Borat citoyen d’honneur du Kazakhstan, Arpad Schilling peut faire une croix sur la fonction d’ambassadeur hongrois. Avec Blackland (Le Pays Noir) dévoilé au Théâtre de Namur (avant Bruxelles), l’impertinent metteur en scène dresse un tableau sans concession de son pays natal, chaos monstrueux à la mesure du monde.

Réputé pour sa radicalité, l’artiste avait déjà enflammé nos scènes en 2006 avec une fascinante Mouette de Tchekhov. Aujourd’hui sa compagnie Krétakör (Le cercle de craie) poursuit sa réflexion sur le théâtre avec une pièce plus politique.

Suite à Hazam Hazam (Pays, mon cher pays), portrait d’une Hongrie déboussolée après l’effondrement du bloc communiste, Blackland nous emmène en 2004, quand le pays entra dans l’Union européenne. Construite à partir de SMS envoyés par des jeunes, la pièce se décline comme un cabaret musical, une revue satirique mêlant sketchs et poèmes, danses et chansons, Beethoven et Britney Spears.

« Spectacle d’enfants pour adultes », annonce le collectif Krétakör. Nous voilà prévenus quant à son caractère dérangeant, confirmé dès la première scène.

Sur un plateau nu, une fille s’avance, armée d’un hautbois. Sa robe du soir suggère un gala en l’honneur de l’adhésion européenne. Mais au lieu d’entonner l’Hymne à la Joie, la jeune fille entreprend une fellation avec son instrument. Le ton est donné. Alors qu’un SMS annonce sur l’écran que le premier ministre « a promis un gouvernement courageux et dynamique dans son discours d’investiture », un dignitaire en smoking nous gratifie d’un discours en rots. Une grossièreté qui nous fait craindre le pire pour la suite. A tort !

La face cachée du bon élève

Avec un décalage humoristique, les treize comédiens dévoilent les horreurs que cache le bon élève de l’Europe. Face à un homme nu qu’on étouffe d’habits avant de le jeter hors de la scène, on apprend que « la moitié des Hongrois sont contre l’admission des réfugiés. » Devant une louche leçon de chant religieux, on lit qu’un prêtre « qui aurait commis une seule “défaillance” pédophile peut continuer d’exercer. »

Corruption, xénophobie, suicides, viols, avortements, le pays se fait rabrouer à tous les étages. Et le monde entier avec : Abou Ghraib et surconsommation sont dénoncés pêle-mêle.

Comme une boîte de Pandore déguisée en jardin d’enfants, la scène, bordée d’une armée de portes blanches, laisse s’échapper ses artistes savoureusement révoltants.

Il y a du Charlie Degotte dans l’absurdité mutine et du Rodrigo Garcia dans l’obscénité assumée, mais surtout du Arpad Schilling dans ce théâtre qui cogne sans prêche ni compromission, et cette fin surprenante, qui retourne sa propre dramaturgie cul par-dessus tête !

Les 1 et 2 février au KVS, 7 Quai aux Pierres de Taille, Bruxelles. Tél. 02.210.11.12. www.kvs.be. Surtitré en français.

MAKEREEL,CATHERINE
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Commentaires

Une réponse à “Danses Hongroises pour adultes”

  1. Koninklijke Vlaamse Schouwburg : Tous en scènes, le 30 janvier 2008 14:28

    […] : « Tien geboden », par le NTGent, mise en scène de Johan Simons. – Les 1er et 2 février : « Blackland », par le Théâtre Krétakör, mise en scène d’Arpad Schilling. – Du 6 au 10 février : « […]

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