L’imagination à tire-d’aile
posté le 4 juin 2008 |
catégorie BRUXELLES, atelier 210
CRITIQUE
Il est des pièces dont on ressort comme d’une séance à la salle de gym, avec la satisfaction diffuse et euphorique d’avoir raffermi nos muscles. Avec L’Oiseau bleu de Maeterlinck, c’est notre imagination qui prend du volume, sans amphétamine mais grâce à la mise en scène fertile d’Isabelle Jonniaux.
Cadeau aussi divin qu’empoisonné, la pièce du dramaturge belge reste peu montée, du fait sans doute de sa charge surréaliste et métaphorique. Un pari insensé donc, de la part de la jeune femme, de choisir ce conte philosophique pour sa première mise en scène. Pari réussi. Avec des moyens minimaux (des voiles et des jeux de lumières), l’artiste réussit à suggérer un monde invisible où la nuit prend forme humaine, où les disparus reprennent vie, où les enfants à naître préparent leur destin. Première bonne idée : un dispositif quadri-frontal qui dynamise la mise en scène alors que les comédiens déambulent allégrement parmi les spectateurs, surgissant derrière celui-ci, apostrophant celui-là. Tels des feux follets, les personnages virevoltent dans toute la salle. Du coup, on se sent happé par cette quête initiatique, celle de Tyltyl chargé par la Fée Bérylune de trouver l’oiseau bleu qui guérira sa fille malade. Symbole du bonheur, cette quête emmènera Tyltyl au cœur de mondes parallèles censés lui ouvrir les yeux sur les secrets de la vie.
Là où certains seraient tombés dans la mièvrerie avec cet apprentissage de la sagesse déguisé en enfantin jeu de piste, Isabelle Jonniaux l’habille d’une étoffe sombre et mystérieuse. Sans rien cacher de la réalité théâtrale et avec un minimalisme jamais aride, la mise en scène va droit à l’essentiel, laissant l’imagination du spectateur broder autour.
Fidèle au symbolisme de l’œuvre, la suggestion y est reine : une branche d’arbre personnifie le Chêne, des voiles évoquent un berceau et donc des enfants, etc. Mais si le spectacle nous projette ailleurs, c’est surtout grâce aux comédiens et à la conviction de leur jeu. Clément Thirion orchestre le tout de sa présence fiévreuse dans le rôle de Tyltyl. Véronique Dumont nous envoûte à chaque apparition tandis que Marie-Noëlle Hébrant, Sébastien Hébrant et Marc Weiss complètent le sortilège d’une pièce où l’on désapprend à regarder pour réapprendre à imaginer.
Jusqu’au 28 juin et du 25 au 29 novembre à l’Atelier 210, chaussée Saint-Pierre, 1040 Bruxelles. Tél. 02-732.25.98.






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