Sans abri et toujours humains
posté le 6 juin 2008 |
catégorie BRUXELLES, Zone Urbaine Théâtre
Le ZUT clôture sa saison, la dernière à Molenbeek,
avec une pièce cinglante, époustouflante.
CRITIQUE
On ne peut s’empêcher de voir une coïncidence ironique dans le thème de la dernière pièce à l’affiche du ZUT : avant de mettre définitivement la clé sous la porte en juillet, pour causes financières, le petit théâtre molenbeekois tire le rideau avec Il Cortile de Spiro Scimone, tragicomédie autour de trois sans-abri.
Certes, le ZUT ne sera pas vraiment SDF puisque, dès la saison prochaine, l’Atelier 210 l’accueille en tant que compagnie résidente, mais il perd sans doute une petite partie de son âme en quittant ce lieu insolite, repère sans prétention d’une féroce résistance théâtrale où l’on s’est si souvent, et avec bonheur, évadé. Marginal et animé d’une tenace envie d’exister malgré les adversités matérielles, le ZUT ne pouvait qu’ouvrir sa scène aux personnages de Scimone : Pepe, Tano et Untel, trois hommes dont la société s’est débarrassée, trois compères en marge de la vie mais plus que jamais animés de l’envie de vivre, fuyant l’isolement dans la chaleur de l’amitié.
On ne peut pas dire que les SDF soient à la mode au théâtre comme dans la vie. Pourtant, avec sa mise en scène formidablement tenue d’Il Cortile, Valérie Lemaître nous livre un moment de pure humanité, un miroir sans tain de notre époque cruelle, une pièce qui, en à peine une heure, vous frappe à l’estomac comme un virus foudroyant. Le spectateur est d’abord assailli par le décor de Céline Rappez, fatras insensé de cartons, sacs-poubelles et déchets en pagaille.
Des puces imaginaires
A voir leurs dents noires, croûtes de sang sur le nez et cheveux crasseux, on en attrape des puces imaginaires sur le crâne. Ecrit en 2004, le texte de Scimone cogne lui aussi, d’une écriture sans gras. Convoquant à la fois Beckett et Laurel et Hardy, l’auteur italien distille entre les dialogues d’une absurdité comique, une profonde critique d’un monde où les faibles n’ont plus droit de cité. De sourire devant la fraternité qui perce sous les disputes ou de rire franchement de leurs gags involontaires, on a le sang d’autant plus glacé lorsqu’Untel déclare n’avoir plus rien à faire « qu’à faire pitié », rampe en sortant de son trou et collectionne les dentiers que les gens ont jetés à la poubelle faute d’avoir à manger.
Ce Cortile est calmement cinglant grâce à trois comédiens éblouissants. Avec son jeu d’une grande plasticité, Nicolas Ossowski est diablement comique dans la peau de Tano, d’une délicatesse bouleversante. Face à lui, Steve Driesen s’avère tout aussi burlesque avec son Pepe paralysé mais bien agité. Enfin, Youssef Khattabi ajoute une pointe d’acide dérangeante et salutaire dans le rôle d’Untel. Au final, on se demande qui est le plus dépouillé : les SDF sur la scène ou le spectateur dans la salle, dépossédé de ses certitudes de notre monde ?
Jusqu’au 27 juin au ZUT, 81 rue Ransfort, 1080 Bruxelles. Tél. : 0498-10.94.40.






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