La politique, une mascarade ?

Théâtre « Revue » au KVS

Ça swingue au parlement. Du moins celui du KVS,
où siège une « Revue » décalée, surtitrée en français.

 CRITIQUE

A chaque saison sa revue. Après le traditionnel show des Galeries en décembre, le KVS réplique avec sa version flamande, dans un genre radicalement différent. D’un côté, le théâtre francophone assume un style très Folies Bergère avec paillettes, plumes et danseuses aguichantes, déployant un humour populo voire poujado, souvent aux dépens d’autrui, jadis surtout les femmes, aujourd’hui plutôt les flamingants. De l’autre, l’institution flamande fait le pari d’un spectacle surréaliste, parfois poétique, dont le comique absurde dénonce mieux la vacuité de nos politiques que tous les clichés.

Beau courant d’air que cette Revue mise en scène par Ruud Gielens, où le spectateur francophone sera surpris de ne pas s’y voir caricaturé en chômeur paresseux aux capacités intellectuelles réduites. C’est au contraire en opposition à ce populisme que se construit le cabaret burlesque, décalé et subtilement acerbe.

« Des gens comme Leterme ne représentent pas une pensée, ils sont préoccupés par le pouvoir, lance le metteur en scène dans le dossier de presse. Ils ne se soucient pas de ce qu’ils disent mais bien du nombre de voix que ça leur rapporte. » C’est donc cette mascarade teintée d’immobilisme dont se moquent les comédiens, clowns en costume cravate se débattant dans l’enceinte d’un parlement de velours rouge et détails facétieux, telle cette tête de cheval trônant majestueusement sur le mur, clin d’œil au lion patriotique. Chant, ballet, claquettes ou rythmes soul, la Revue mélange tous les styles dans une succession de numéros insolites.

« C’est la confiance »

Aucun politicien ne sera nommé et pourtant on en reconnaîtra plus d’un lorsque celle-ci par exemple chante « Ce que je vous demande / c’est la confiance, rien que de la confiance ! » dans un french cancan endiablé. Lorsqu’un curieux monologue sur un sucre et une tasse de thé nous renvoie à ces politiques pris dans l’engrenage d’accords électoraux et de discours simplistes, refusant ensuite de se dédire par peur du qu’en-dira-t-on. Lorsque ceux-ci se chamaillent dans des gesticulations impressionnantes pour savoir qui a refusé le compromis en premier.

On avoue n’avoir pas toujours compris le sens de certaines scènes, comme cette interprétation du « Strange Fruit » de Billie Holiday, mais il se dégage de l’ensemble, et surtout des chansons inspirées de Brecht ou Eisler, un cynisme doux mais aussi un certain espoir, un appel à l’humanisme et à la réflexion. Car derrière la farce, notre pays pleure mais ne rompt pas.

Jusqu’au 21 juin au KVS Bol, 7 quai aux Pierres de Taille, 1000 Bruxelles. Tél. 02-210.11.12. www.kvs.be

MAKEREEL,CATHERINE
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Commentaires

Une réponse à “La politique, une mascarade ?”

  1. Koninklijke Vlaamse Schouwburg | Tous en scènes, le 16 juin 2008 15:18

    […] Levin, par le KVS et le Ro Theater, mise en scène de Ruud Gielens. – Du 12 au 21 juin : « Revue », par le KVS, mise en scène de Ruud […]

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