La tempe du Soleil
Une petite cour intérieure baignée de couleurs et de lumière. Baignée du soleil des Incas. Dans un coin, une porte. Au-delà, c’est la pénombre. Et le silence. Aux murs, des photos et des cartes géantes. Des montagnes, de la pierre, de la neige. L’immensité. La solitude. Dans les vitrines tamisées, tout un rituel en recueillement. Des lamas, des poteries, des bijoux, des tissus. Quasi intacts. Des sandalettes d’enfant, aussi, recroquevillées sur elles-mêmes. Et puis, par-delà, une ultime salle. Une salle ultime. Avec une photo. Troublante. Belle et cruelle à la fois. Et un cercueil de verre. Une jeune fille semble y crier de toutes ses dents. Sa chevelure a traversé les âges. Son expression aussi. Tel un fœtus qui attend de renaître. On la regarde sans baisser les yeux, sans parvenir à les détacher de ces deux orbites vides qui nous dévisagent. A vous donner froid dans le dos, froid au cœur. Et en même temps, chaud à l’âme, car Juanita vit toujours, le sang continue de battre dans sa tempe blessée à mort. Emotion. Bien au-delà des mots. Une émotion préparée, engendrée par tout ce qui l’a précédée dans cette enfilade de petites salles. Seul moyen de la comprendre. Et donc, de l’assumer.
Ce voyage restera à l’image du musée de Juanita, de son mausolée : un cheminement spirituel, un parcours initiatique, où tout ce qui nous fut expliqué un jour s’est matérialisé au plus tard le lendemain. A pris tout son sens, toute sa force. Grâce à des guides au diapason. Des passeurs. Au diapason d’une civilisation, d’un patrimoine, d’une tradition. D’une passion pour leur pays et leurs ancêtres. Une passion bien vivante, au-delà de la mort de Juanita et de ses frères et sœurs. Au-delà de tous ces sacrifices : au nom de l’hypnotique dieu Soleil ; puis, dès 1532, au nom d’un dieu Or et Argent bien plus hypothétique. Un dieu qui ira jusqu’à bâtir son Eglise sur les fondations d’une autre religion, jusqu’à adosser son maître-autel contre le nombril du nombril d’un autre monde. « Le Soir » et Préférence sur les traces des Incas ? Oui ! A même leurs pas. Dans leurs sandalettes. En empathie. En compassion. En révolte, aussi. En crescendo permanent jusqu’au temple arrondi du Machu Picchu. Pour en redescendre comme dans un au-delà. Réincarné. Plus riche qu’avant. Non pas d’or ou d’argent. Mais de soleil. Vincent QuittelierIca, le 23 novembre 2006





